Au moment où l’Ituri demeure l’épicentre de la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, un autre défi menace la riposte : la démotivation croissante des équipes locales de première ligne. Dans plusieurs structures sanitaires et centres de traitement, des prestataires dénoncent des retards de paiement qui affectent progressivement les activités de surveillance, d’investigation et de prise en charge.
Selon plusieurs sources concordantes contactées par Bunia-infos24.net, certaines équipes chargées des investigations, du suivi des contacts, de l’hygiène hospitalière (WASH) et d’autres interventions essentielles ont ralenti ou suspendu leurs activités pour réclamer le paiement de leurs prestations.
Depuis plusieurs jours, des journalistes de Bunia disent également recevoir des messages anonymes provenant de personnes se présentant comme des infirmiers, hygiénistes et superviseurs engagés dans la riposte, notamment au Centre de traitement Ebola Elikia et à l’Hôpital général de référence de Bunia. Tous décrivent les mêmes difficultés : plusieurs semaines de travail sans rémunération malgré une exposition quotidienne au virus.
« Nous travaillons chaque jour dans des conditions extrêmement difficiles. Nous sommes exposés au virus pour protéger la population, mais depuis le début de la riposte nous n’avons toujours pas été payés. Nous passons nos journées sur le terrain sans frais de transport ni prise en charge. Beaucoup de collègues sont découragés. Certains veulent abandonner alors que nous sommes en première ligne », confie, sous anonymat, un agent sanitaire.
Au-delà des revendications salariales, plusieurs acteurs redoutent que cette situation ne compromette l’efficacité des opérations sur le terrain. Le ralentissement des investigations, du suivi des contacts ou encore des activités de prévention pourrait compliquer davantage les efforts visant à interrompre les chaînes de transmission.
Des observateurs locaux estiment que le contraste entre les ressources annoncées pour la riposte et les difficultés rencontrées par les prestataires nourrit un climat de frustration au sein des communautés.
« Nous risquons de voir la confiance envers la riposte s’effriter davantage. Les équipes locales disent travailler sans être rémunérées pendant que des moyens importants sont annoncés. Les prestataires veulent simplement être traités avec dignité afin de poursuivre leur mission. Si cette situation perdure, c’est toute la riposte qui risque d’en subir les conséquences », alerte un observateur de la société civile, également sous couvert d’anonymat.
Sur le terrain, plusieurs sources affirment également que la présence de nombreuses équipes venues en renfort, notamment de Kinshasa, alimente un sentiment d’inégalité parmi certains prestataires locaux, qui estiment ne pas bénéficier des mêmes conditions de prise en charge. Bunia-infos24.net n’a toutefois pas été en mesure de vérifier de manière indépendante les modalités de rémunération des différentes équipes.
Ces tensions interviennent alors que les autorités sanitaires appellent la population à renforcer sa collaboration avec les équipes de riposte afin de contenir l’épidémie, qui continue de toucher principalement la province de l’Ituri.
Au moment de la publication de cet article, les responsables de la coordination provinciale de la riposte, le ministère de la santé publique et prévoyance sociale ainsi que les partenaires concernés n’avaient pas encore réagi aux préoccupations soulevées par les prestataires. Leurs versions seront publiées dès qu’elles seront disponibles.
Rédaction
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