Dans la zone de santé de Bambu, en territoire de Djugu, les barrières communautaires demeurent l’un des principaux freins à la lutte contre la maladie à virus Ebola. Cette méfiance, profondément enracinée dans un contexte sécuritaire et communautaire complexe, continue d’entraver les efforts des équipes de riposte malgré l’évolution de l’épidémie.
La zone de santé de Bambu, qui compte plus de 200.000 habitants, a enregistré jusqu’à présent 75 cas suspects, dont 21 cas confirmés et 9 décès. Un premier lot de médicaments destinés à la prise en charge des patients a été réceptionné récemment, mais les défis restent nombreux.

Selon les acteurs sanitaires locaux, les résistances observées au sein de la population ne peuvent être dissociées du contexte historique et sécuritaire de la région. Pendant plusieurs années, la région de Bambu a été l’un des bastions des groupes armés actifs dans le territoire de Djugu, notamment la CODECO, la Convention pour la Révolution Populaire (CRP) et d’autres groupes locaux. Certaines localités restent encore sous l’influence ou la présence de groupes armés communautaires.
À cela s’ajoutent des tensions et conflits intercommunautaires qui ont profondément affecté le tissu social de la région. Pour plusieurs observateurs, cette situation alimente la méfiance envers les interventions extérieures, y compris les actions sanitaires liées à la riposte contre Ebola.
Cette réalité se traduit notamment par le refus de nombreux habitants d’être transférés vers d’autres structures de prise en charge. Jusqu’à ce jour, aucun malade de la zone de santé de Bambu n’a été référé vers un autre centre spécialisé situé hors de la zone.

« Tant mieux mourir ici à Bambu, nous ne pouvons jamais aller nous faire soigner ailleurs au risque de perdre nos vies entre les mains de nos ennemis », ont déclaré certains habitants rencontrés par la rédaction de Bunia-info24.net.
Pour les responsables sanitaires, cette perception constitue un défi majeur dans la lutte contre l’épidémie et complique considérablement les activités de surveillance, de sensibilisation et de prise en charge médicale.
Une prise en charge dans des conditions difficiles
Au-delà des barrières communautaires, la zone de santé fait face à de graves insuffisances infrastructurelles. Bambu ne dispose ni de Centre de Traitement Ebola (CTE) moins encore d’un centre de transit. Les patients sont actuellement hébergés dans un bâtiment vétuste datant de l’époque coloniale et présentant un risque d’effondrement.
Faute d’infrastructures adaptées, des cas suspects et des cas confirmés sont parfois pris en charge dans un même espace, augmentant les risques de contamination. Le manque de matelas, d’équipements médicaux et de matériels de protection demeure également préoccupant.
La prise en charge holistique reste limitée.
Malgré l’arrivée des médicaments, les besoins en alimentation, en équipements de prévention et en matériels de protection ne sont pas suffisamment couverts. Les patients atteints d’Ebola et ceux souffrant d’autres pathologies partagent parfois les mêmes installations sanitaires.
Des moyens logistiques et humains insuffisants
La mobilité constitue un autre défi de taille. La zone de santé ne dispose d’aucun véhicule pour le transport des patients. Les évacuations se font souvent à moto-taxi, après des négociations parfois difficiles avec les conducteurs. Sept motos ont récemment été mises à disposition de la zone, mais les besoins restent importants.
L’absence d’un laboratoire local complique également la confirmation rapide des cas et la gestion efficace de l’épidémie.
Sur le plan des ressources humaines, les équipes engagées dans la riposte restent en sous-effectif. Les prestataires n’ont toujours pas été rémunérés depuis le début de l’épidémie, une situation qui affecte leur motivation. Les responsables sanitaires réclament également des formations spécialisées pour renforcer les capacités du personnel.
Un appel à une réponse adaptée au contexte local
Face à ces défis, les autorités sanitaires plaident pour un renforcement urgent de l’appui gouvernemental et de l’accompagnement des partenaires. Elles estiment que la réussite de la riposte passe non seulement par l’amélioration des infrastructures, de la logistique et de la prise en charge médicale, mais également par une approche tenant compte des réalités sécuritaires et communautaires propres à Bambu.
Dans une région marquée par des années de violences armées, de déplacements de populations et de fractures communautaires, restaurer la confiance entre les communautés et les acteurs de la riposte apparaît aujourd’hui comme l’un des enjeux majeurs pour contenir efficacement l’épidémie d’Ebola.
Rédaction
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