Chronique signée Abdoul Lazo
Cent jours déjà depuis la résurgence de la maladie à virus Ebola en Ituri. Cent jours de peur, de pertes en vies humaines, de familles endeuillées, mais aussi de mobilisation pour tenter de contenir une épidémie qui continue de mettre la population à rude épreuve.
Mais au-delà du virus, une autre menace inquiète : la violence contre les équipes de riposte et les structures de prise en charge.
Avec plus d’une centaine d’attaques rapportées contre les équipes de riposte et les centres de traitement d’Ebola, les dégâts sont considérables : incendies de structures, destructions de biens, agressions et blessures parmi les agents, notamment ceux de la Croix-Rouge. Ces actes ne font pas seulement du mal aux intervenants ; ils fragilisent directement la lutte contre Ebola.
Détruire un centre de traitement, agresser un agent de santé ou empêcher une équipe de sensibilisation d’atteindre une communauté, c’est finalement donner davantage d’espace au virus.
L’Ituri connaît déjà une insécurité persistante. La population est fatiguée, traumatisée et confrontée quotidiennement à de nombreuses difficultés. Ebola ne devrait pourtant pas devenir une deuxième guerre, dans laquelle les populations civiles sont encore les premières victimes.
Il est temps de bannir la violence contre ceux qui viennent sauver des vies.
Mais pour y parvenir, il faut aussi regarder une autre réalité en face : les rumeurs et les fausses informations prospèrent là où l’information officielle tarde à arriver.
Lorsqu’une communauté reste longtemps sans explications claires sur une situation sanitaire, le vide est rapidement occupé par les spéculations : vaccin présenté comme dangereux, centres de traitement accusés de cacher des réalités, malades suspectés d’être volontairement contaminés ou encore décès interprétés selon des croyances sans fondement scientifique.
Ces fausses informations peuvent provoquer la peur, la méfiance et, parfois, la violence.
La riposte ne doit donc pas seulement soigner et surveiller. Elle doit aussi communiquer.
Les équipes chargées de la sensibilisation doivent être présentes à temps, avant que la rumeur ne devienne une vérité dans l’esprit de la population. Les communautés doivent pouvoir poser leurs questions, exprimer leurs inquiétudes et recevoir des réponses simples, précises et transparentes.
Il ne devrait pas y avoir de silence dans la communication pendant une épidémie.
Car là où l’information manque, la rumeur s’installe ; là où la rumeur s’installe, la méfiance grandit ; et là où la méfiance grandit, la riposte devient plus difficile.
À 100 jours de cette épidémie, l’Ituri doit retrouver son élan de solidarité. La population, les autorités, les leaders communautaires, religieux, coutumiers et les équipes de riposte ont chacun un rôle à jouer.
Bannissons la violence. Bannissons les fausses informations. Mais surtout, renforçons le dialogue.
Lutter contre Ebola n’est pas une affaire des seuls agents de santé. C’est une responsabilité collective.
Face au virus, nous ne devons pas nous combattre entre nous. Notre véritable adversaire reste Ebola.
Et si l’Ituri veut tourner définitivement la page de cette épidémie, elle devra gagner cette bataille par la confiance, l’information, la solidarité et la protection de ceux qui sont en première ligne.
Abdoul BI24
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