Chronique Santé/Ebola : quand la vigilance s’essouffle, le virus, lui, ne baisse pas les bras

Par Abdoul Lazo

Il y a quelques mois, au début de cette épidémie d’Ebola, la peur avait réveillé la conscience collective. Dans les rues, les marchés, les bureaux et devant les lieux publics, le gel hydroalcoolique était devenu presque un compagnon quotidien. Les kits de protection étaient recherchés, les dispositifs de lavage des mains se multipliaient et chacun semblait mesurer la gravité de la menace.

Mais aujourd’hui, quelque chose semble avoir changé.

La lassitude s’installe. La vigilance baisse. Les gestes de prévention deviennent moins systématiques. Le gel hydroalcoolique se fait plus rare dans les habitudes, les mesures de protection sont parfois reléguées au second plan et une certaine banalisation de la maladie gagne progressivement du terrain.

Pourtant, les chiffres racontent une autre histoire.

Les dernières données présentées par l’Institut national de santé publique font état de 6 100 cas confirmés d’Ebola dans six provinces, dont 814 patients encore en isolement ou hospitalisés. Le bilan fait également état de 2 950 décès parmi les cas confirmés, soit un taux de létalité global de 48,4 %, malgré 1 383 personnes guéries.

Ces chiffres devraient nous interpeller.

Ils devraient surtout nous rappeler une chose essentielle : Ebola n’est pas encore éradiqué.

La baisse de la peur ne doit pas devenir une baisse de la vigilance. L’habitude ne doit pas nous faire oublier le danger. Et surtout, le nombre de personnes guéries ne doit pas nous donner l’illusion que la bataille est gagnée.

La riposte contre Ebola ne peut pas être uniquement l’affaire des médecins, des infirmiers, des équipes de surveillance ou des partenaires humanitaires. Elle est l’affaire de toute la communauté.

Chaque citoyen a un rôle à jouer : respecter les consignes sanitaires, signaler rapidement les cas suspects, éviter les contacts à risque, maintenir les bonnes pratiques d’hygiène et surtout ne pas céder à la banalisation.

Car Ebola ne choisit pas ses victimes selon leur profession, leur richesse, leur statut social ou leur lieu d’habitation. Le virus ne fait pas de distinction.

Il est donc temps de retrouver cet élan collectif qui caractérisait les premiers jours de l’épidémie. Non pas pour vivre dans la peur, mais pour vivre dans la responsabilité.

Aux familles, aux commerçants, aux jeunes, aux enseignants, aux responsables communautaires, aux églises, aux médias et à toutes les couches de la société : ne baissons pas les bras.

La riposte a besoin des équipes sanitaires, certes. Mais elle a surtout besoin d’une population engagée, informée et vigilante.

Ebola n’est pas encore vaincu. Notre vigilance non plus ne doit pas être vaincue.

Chronique signée Abdoul Lazo

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