Un mois et trois jours après la déclaration de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, trois membres du gouvernement central ont foulé le sol de Bunia pour évaluer l’évolution de la riposte et réaffirmer l’engagement de l’État face à une crise sanitaire devenue également humanitaire.
Le ministre de la Santé publique et de la Prévoyance sociale, Dr Roger Samuel Kamba, celui de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, ainsi que la ministre des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Ève Bazaiba, sont arrivés dans le chef-lieu de l’Ituri pour une mission de terrain placée sous le signe de la transparence, de la coordination et de la mobilisation communautaire.
Au terme d’un briefing organisé à Bunia ce vendredi, 18 juin, les autorités ont dressé un état des lieux préoccupant mais porteur d’espoir quant à l’efficacité progressive de la riposte.
896 cas confirmés et 232 décès : un bilan qui interpelle
Face à la presse, le ministre de la Santé a présenté les chiffres consolidés par les équipes nationales, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Africa CDC et les autres partenaires impliqués dans la riposte.
Depuis le début de l’épidémie, 896 cas confirmés ont été enregistrés à travers le pays, dont 827 en Ituri, épicentre de cette flambée. Le bilan fait également état de 232 décès confirmés, représentant un taux de létalité d’environ 26 %.
Parallèlement, les équipes médicales ont réussi à sauver de nombreuses vies. Selon les données présentées lors du briefing, 178 personnes ont été déclarées guéries, après avoir obtenu deux tests négatifs consécutifs.
Autre indicateur majeur : près de 6 000 personnes contacts sont actuellement suivies, avec un taux de suivi de 71 %, encore en deçà de l’objectif de 95 % fixé par les autorités sanitaires.
Une épidémie qui s’étend rapidement
La progression géographique du virus demeure l’une des principales préoccupations.
En l’espace d’un mois, le nombre de zones de santé affectées est passé de trois à trente-trois, illustrant la vitesse de propagation de la maladie.
Cependant, le ministre de la Santé a invité la population à interpréter correctement l’augmentation des cas confirmés.
« Les épidémiologistes voient cela comme une avancée de la riposte. Cela signifie que nous retrouvons des cas qui étaient cachés dans la communauté », a-t-il expliqué.
Selon lui, l’intensification de la recherche active des cas constitue un signe d’amélioration des capacités de détection plutôt qu’un simple indicateur d’échec.
Pas de confinement pour Bunia et l’Ituri
Face aux inquiétudes grandissantes au sein de la population, le gouvernement a tenu à rassurer.
« La ville de Bunia, pas plus que l’Ituri, ne seront confinées, car le confinement n’est pas une réponse efficace à cette épidémie », a affirmé Dr Roger Kamba.
L’accent sera plutôt mis sur le dépistage précoce, le suivi des contacts, l’isolement des cas confirmés et la sensibilisation communautaire.
Une crise humanitaire derrière la crise sanitaire
Pour la ministre des Affaires sociales, Ève Bazaiba, Ebola ne se résume pas à une urgence médicale.
« Nous sommes en face d’une crise humanitaire liée à Ebola. C’est ainsi que nous mettons des crèches en vue de prendre en charge les enfants dont les parents sont morts d’Ebola ou malades », a-t-elle déclaré.
Son ministère prend notamment en charge les enfants âgés de 1 à 17 ans devenus vulnérables après la maladie de leurs parents, ainsi que d’autres catégories affectées, notamment des personnes déplacées.
Cette dimension sociale de la riposte vise à éviter que l’épidémie ne provoque une catastrophe humaine silencieuse au sein des familles touchées.
Une riposte renforcée sur le terrain
Les experts ont détaillé les progrès réalisés depuis le début de cette flambée. Les structures de riposte sont désormais opérationnelles dans les 36 zones de santé de l’Ituri, avec une présence progressive dans plusieurs des 308 aires de santé que compte la province. Grâce à l’appui technique et financier du gouvernement congolais et de ses partenaires, des laboratoires mobiles ont été déployés, notamment à Nyankunde et Mongbwalu, afin d’accélérer les diagnostics.
Parmi les avancées enregistrées figurent notamment
l’amélioration des capacités de détection ;
l’identification rapide des nouveaux cas ;
l’augmentation du nombre de patients guéris ; le renforcement des équipes communautaires.
Toutefois, les spécialistes reconnaissent que l’appropriation de la riposte par les populations demeure un défi majeur.
Aéroports sous haute surveillance
Le Programme national d’hygiène aux frontières a également renforcé les mesures de contrôle. La docteure Wivine a indiqué que l’aéroport de Bunia fonctionne désormais sous une vigilance accrue, avec notamment :
la digitalisation des fiches des voyageurs ;
le contrôle systématique des mouvements de population ;
des opérations de screening renforcées ;
des espaces d’isolement pour les cas suspects ;
l’installation de dispositifs de surveillance thermique pour détecter les passagers présentant de la fièvre.
Une réponse robuste saluée par l’OMS
Pour l’Organisation mondiale de la santé, la réponse mise en place a considérablement évolué en quelques semaines. La docteure Marie, représentante de l’OMS, a souligné qu’alors que la province ne disposait initialement d’aucun centre spécialisé, neuf centres de traitement sont aujourd’hui fonctionnels, offrant une capacité d’au moins 500 lits.
La capacité de dépistage a également connu une progression spectaculaire, passant de 21 tests à près de 2 000 tests par jour.
« Il y a une réponse robuste qui est mise en place pour faire face à cette épidémie », a-t-elle affirmé.
Africa CDC plaide pour des laboratoires de proximité
De son côté, Africa CDC a recommandé le rapprochement des laboratoires des centres de traitement afin de réduire les délais d’analyse et d’améliorer la rapidité des interventions. L’institution estime également que ces infrastructures pourront, à long terme, servir à la lutte contre d’autres maladies épidémiques telles que le choléra, corona, rougeole et autres.
Entre vigilance et espoir
Trente-trois jours après la déclaration officielle de cette 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC, l’Ituri demeure au cœur du combat. Si les chiffres rappellent la gravité de la situation, les autorités mettent en avant les progrès réalisés : davantage de tests, plus de centres de traitement, des guérisons enregistrées et une mobilisation multisectorielle sans précédent.
La réussite de cette riposte dépendra désormais d’un facteur essentiel : la confiance et l’adhésion des communautés, appelées à collaborer étroitement avec les équipes sanitaires pour freiner la propagation du virus et sauver davantage de vies.
Rédaction
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