Nord-Kivu/Éducation : les syndicats des enseignants rejettent la mesure autorisant les élèves enceintes à poursuivre leurs études

La récente décision du ministère de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, autorisant les élèves enceintes à rester dans les établissements scolaires, continue de susciter de vives réactions au Nord-Kivu. Le Syndicat des Enseignants du Congo (SYECO), notamment ses antennes de Beni et de Butembo, ainsi que le Syndicat National des Enseignants Catholiques (SYNECATH), s’opposent fermement à cette circulaire, estimant qu’elle menace les fondements pédagogiques et moraux de l’éducation congolaise.

À Beni, une opposition catégorique

Dans une déclaration faite à la presse, Ghislain Bambiliki, secrétaire permanent du SYECO/Beni, a dénoncé une mesure qu’il juge « dangereuse » pour l’avenir du système éducatif :

« Cette décision est antipédagogique. Elle risque de banaliser les valeurs morales chez les élèves. Beaucoup de filles se retenaient d’avoir des rapports précoces de peur d’interrompre leurs études. Mais si on légalise la grossesse en milieu scolaire, on ouvre la porte à plus de relâchement ».

Le syndicaliste estime que cette directive risque non seulement d’encourager les grossesses précoces, mais aussi de fragiliser la discipline scolaire. Il suggère, en alternative, le renforcement des écoles de récupération ou l’encadrement à distance, pour permettre aux élèves enceintes de poursuivre leur éducation sans perturber l’équilibre des écoles classiques.

« Il ne faut pas mélanger les élèves enceintes avec les autres. Même sur le plan religieux, cette décision est difficile à soutenir dans les écoles conventionnées. Elle est socialement destructrice », a-t-il conclu.

D’autres voix syndicales s’alignent

À Butembo, Benito Mughaso, secrétaire permanent intérimaire du SYECO, s’est également insurgé contre la circulaire ministérielle :

« C’est une situation déplorable. On ne peut pas l’accepter parce que c’est contre la morale. Si c’est la ministre qui a pris cette décision, je crois qu’elle peut être interpellée par le Parlement ».

Même ton du côté du SYNECATH, par la voix d’Eustache Muvatsi, cadre dans la province éducationnelle Nord-Kivu II :

« Nous nous opposons radicalement à une circulaire pareille. Parmi les dossiers que nous traitons, certains visent à lutter contre l’immoralité. Du moment où l’on encourage cela, où est-ce qu’on amène l’éducation ? »

La CENCO se désolidarise

Dans une correspondance datée du 16 juillet 2025, la Commission Épiscopale pour l’Éducation Chrétienne et la Coordination Nationale des Écoles Conventionnées Catholiques, sous la tutelle de la CENCO, ont clairement exprimé leur rejet de cette mesure. Elles précisent que les écoles catholiques ne se considèrent pas concernées par la circulaire.

Des voix féminines en faveur de la mesure

En revanche, plusieurs organisations locales de défense des droits des filles et des enfants, dans le Nord-Kivu, soutiennent la décision du ministère, qu’elles considèrent comme un progrès vers l’éducation inclusive. Elles insistent sur le droit de toute fille, enceinte ou non, à poursuivre sa scolarité dans un cadre respectueux et protecteur.

Justin Mupanya depuis Beni

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