Ituri : de Bunia à Kampala, le récit d’une propagation silencieuse d’Ebola qui inquiète la région

La province de l’Ituri fait face à une nouvelle flambée du virus Ebola, officiellement déclarée le 15 mai 2026 par les autorités sanitaires congolaises. Derrière cette 17ᵉ épidémie enregistrée en République démocratique du Congo depuis 1976, se dessine une chaîne de transmission discrète, alimentée par les déplacements des malades, les rites funéraires et les retards dans l’alerte sanitaire.

Depuis hier samedi, 16 Mai 2026, le journaliste congolais spécialisé dans les questions sécuritaires et sanitaires, Patient Ligodi, retrace sur son compte Facebook le déroulement des événements probants ayant conduit à cette résurgence du virus dans la province de l’Ituri. Son récit met en lumière les premières contaminations, les circonstances des décès ainsi que les failles ayant permis au virus de circuler pendant plusieurs semaines sans être détecté.

Une maladie d’abord perçue comme mystique

Selon ces informations, tout commence le 24 avril 2026 à Bunia, chef-lieu de la province. Un infirmier, désigné sous le nom d’emprunt de « Patrick », développe des symptômes proches du paludisme : forte fièvre, fatigue, vomissements et céphalées. Deux jours plus tard, une femme de son entourage, appelée « Marie », tombe malade à son tour.

Patrick décède le 27 avril, Marie le lendemain.
Mais dans leur entourage, ces morts ne sont pas immédiatement associées à une maladie infectieuse. Une croyance locale appelée « Tumu » circule alors dans la communauté. Certains attribuent les décès à une supposée malédiction liée à la destruction de fétiches par un pasteur. Les familles organisent donc les funérailles selon les pratiques traditionnelles habituelles, avec des contacts rapprochés autour des corps.

Le corps de Patrick est ensuite transféré à Mongwalu, cité minière située à environ 80 kilomètres de Bunia. C’est là que le virus aurait commencé à se propager silencieusement.

Quatre semaines de transmission silencieuse

D’après Africa CDC, l’Ituri aurait connu près de quatre semaines de transmission non contrôlée avant le déclenchement de l’alerte officielle. À Mongwalu, plusieurs membres d’une même famille meurent successivement après avoir participé à une réunion familiale à Bunia. Certaines victimes présentaient les mêmes symptômes : fièvre, vomissements et violents maux de tête.

Le 30 avril, un premier signalement parvient finalement aux autorités sanitaires. Des analyses sont réalisées à Bunia mais les résultats se révèlent négatifs pour la souche Zaïre d’Ebola, la plus fréquente en RDC. Les échantillons sont alors envoyés à l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) à Kinshasa.

Le 5 mai, des alertes relayées sur les réseaux sociaux évoquent déjà plusieurs dizaines de morts à Mongwalu. Après investigations et analyses approfondies, l’INRB confirme le 14 mai la présence du virus Ebola. Le séquençage génomique effectué le lendemain identifie la souche Bundibugyo, une variante rare pour laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé.

Une propagation au-delà des frontières

Entre-temps, des malades quittent Mongwalu pour chercher des soins dans d’autres zones sanitaires, notamment à Rwampara et à Bunia, favorisant ainsi la dispersion du virus.

La situation prend alors une dimension régionale avec le cas d’un homme de 59 ans, désigné sous le nom de scène de « Joseph », qui quitte l’Ituri pour Kampala, en Ouganda. Hospitalisé le 11 mai dans la capitale ougandaise avec une forte fièvre et une détresse respiratoire, il meurt le 14 mai. Les analyses confirment également la souche Bundibugyo.

Sa dépouille est ensuite rapatriée en RDC pour l’enterrement, suscitant de nouvelles inquiétudes sur les risques de contamination liés aux déplacements transfrontaliers et aux cérémonies funéraires.
Les autorités sanitaires tentent désormais d’identifier les personnes ayant voyagé avec lui ainsi que les différents contacts communautaires et médicaux.

Une mobilisation régionale et internationale

Face à cette situation, plusieurs pays de la région ont renforcé leur niveau d’alerte sanitaire. Le Soudan du Sud et le Kenya ont activé leurs mécanismes de préparation, tandis qu’en Ouganda, le président Yoweri Museveni a réuni son groupe de travail sur les épidémies.
Africa CDC, de son côté, a mobilisé plus de 130 partenaires sanitaires afin de coordonner la riposte régionale. Médecins Sans Frontières (MSF), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et d’autres agences internationales préparent également des interventions d’urgence pour soutenir les autorités congolaises.

Les États-Unis quant à eux, ont déconseillé les déplacements de leurs ressortissants vers l’Ituri, alors que le Royaume-Uni a annoncé un appui financier à la réponse sanitaire.

Une délégation gouvernementale attendue à Bunia

Dans ce contexte, une délégation en tête le docteur Samuel Roger, ministre national de la Santé, hygiène et prévoyance sociale accompagnée des membres du Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP) ainsi que de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), est arrivée ce dimanche 17 Mai 2026 à Bunia, chef-lieu de l’Ituri.

Cette mission a pour objectif d’évaluer la situation épidémiologique liée à la résurgence du virus Ebola en Ituri et de renforcer les mesures de riposte afin de protéger les populations exposées.

Déjà, au 16 mai 2026, le bilan provisoire communiqué par les autorités sanitaires faisait état de 87 décès et de 13 cas confirmés en laboratoire, dont quatre agents de santé.

Alors que la souche Bundibugyo demeure particulièrement préoccupante en raison de l’absence d’un vaccin spécifique, les autorités sanitaires appellent la population à éviter tout contact avec les corps des victimes, à signaler rapidement les cas suspects et à collaborer avec les équipes médicales déployées sur le terrain.

Rédaction BI24

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