Le gouvernement congolais a haussé le ton jeudi à Bunia, chef-lieu de l’Ituri face à la progression de la 17ème épidémie de maladie à virus Ebola qui secoue la province de l’Ituri. Au cours d’un briefing spécial organisé à l’esplanade du Gouvernorat de province devant des dizaines de journalistes, les autorités nationales et provinciales ont présenté un état des lieux détaillé de la situation sanitaire tout en rassurant sur le renforcement des dispositifs de riposte.
Cette rencontre de haut niveau a réuni le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Dr Roger Samuel Kamba Mulamba, le ministre de la Communication et Médias ainsi que porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, et le gouverneur militaire de l’Ituri, le lieutenant-général Johnny Luboya Kashama.

Dans un contexte marqué par l’inquiétude croissante de la population et la multiplication des cas suspects, les membres du gouvernement ont voulu afficher une présence forte sur le terrain afin de coordonner les actions de lutte contre cette nouvelle flambée épidémique.
Une épidémie sous haute surveillance
Prenant la parole devant la presse, le ministre de la Santé a dévoilé des statistiques préoccupantes qui traduisent l’ampleur de la menace sanitaire.
Depuis le 1er avril 2026, les équipes médicales ont réalisé 648 tests de laboratoire, dont 125 cas positifs confirmés au virus Ebola. Au total, 906 cas suspects ont été recensés à travers la province, avec 223 décès suspects signalés jusque-là. Le Dr Roger Samuel Kamba a également fait savoir que 17 décès ont été confirmés liés à Ebola, tandis que 105 patients sont actuellement pris en charge dans différentes structures sanitaires et centres de traitement.
Le ministre a en outre rendu hommage aux personnels de santé engagés en première ligne de la riposte, tout en déplorant la perte d’au moins six agents de santé emportés par la maladie depuis le début de l’épidémie.
Malgré ce tableau préoccupant, une note d’espoir a été annoncée avec la guérison officielle d’un premier patient dans la zone de santé de Rwampara, considéré comme un signal encourageant dans la lutte contre le virus.
Pas de fermeture des écoles, mais vigilance renforcée
Alors que plusieurs parents craignent une propagation du virus dans les milieux scolaires, le gouvernement a écarté pour l’instant toute décision de fermeture des écoles en Ituri.
Cette annonce intervient pourtant après la confirmation d’au moins cinq élèves atteints du virus Ebola dans la province.
Selon le ministre de la Santé, les autorités privilégient plutôt un renforcement strict des mesures barrières et des mécanismes de surveillance sanitaire dans les établissements scolaires.
« Les écoles ne seront pas fermées. Nous allons renforcer les dispositifs de riposte et de prévention », a insisté le Dr Roger Samuel Kamba.
Les mesures prévues incluent notamment :
le contrôle sanitaire à l’entrée des écoles ;
le lavage systématique des mains ;
la sensibilisation des élèves et enseignants ;
ainsi que la surveillance rapide des cas suspects.
Le gouvernement met en garde contre “l’infodémie”
Le gouverneur militaire de l’Ituri, le lieutenant-général Johnny Luboya Kashama, a quant à lui insisté sur un autre défi majeur auquel font face les autorités : la désinformation.
« Au-delà des opérations, nous luttons aussi contre le virus », a-t-il déclaré, évoquant la circulation persistante de fausses informations et de rumeurs dans certaines zones affectées, notamment à Rwampara et Mongbwalu.
Pour les autorités provinciales, cette “infodémie” constitue un danger supplémentaire susceptible d’affaiblir les efforts de sensibilisation et de compliquer l’adhésion communautaire aux mesures de prévention.
Le gouverneur militaire a ainsi appelé les médias à accompagner activement la riposte à travers une communication responsable et des informations vérifiées.
Vaccins, déplacements et prise en charge au centre des échanges
Très attentifs aux préoccupations de la population, les journalistes présents au briefing ont soulevé plusieurs questions liées :
à l’insuffisance des matériels de protection dans certaines structures sanitaires ;
à la prise en charge holistique des malades ;
aux risques liés aux déplacements des populations vers d’autres provinces ;
ainsi qu’à la disponibilité des vaccins américains et russes annoncés sur le marché.
En réponse, le ministre de la Santé a indiqué que les vaccins concernés devront d’abord être évalués scientifiquement avant leur éventuelle utilisation dans le cadre de la riposte nationale.
Il a toutefois souligné qu’une prise en charge correcte permet aujourd’hui d’atteindre jusqu’à 70 % de chances de guérison, ajoutant que les vaccins pourraient contribuer à sauver une partie des patients les plus exposés aux complications graves.
Des cas suspects déjà signalés hors de l’Ituri
Le gouvernement a également confirmé que la vigilance est désormais renforcée au-delà de l’Ituri après la notification de 21 cas suspects en dehors de la province, dont :
20 cas au Nord-Kivu ;
et 1 cas au Sud-Kivu.
Cette situation accentue les craintes d’une propagation interprovinciale du virus, poussant les autorités à renforcer les contrôles sanitaires et les mécanismes de surveillance aux points de passage stratégiques.
Une mission gouvernementale qui se poursuit sur le terrain
Après cette étape de Bunia, la délégation gouvernementale poursuit sa mission d’évaluation et de coordination des opérations de riposte.
Selon plusieurs indications, les autorités pourraient se rendre ce vendredi à Mongbwalu, localité considérée comme l’un des foyers de départ de cette 17ème épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo.
Le gouvernement assure néanmoins que les interventions sanitaires sont en cours dans les 37 zones de santé de l’Ituri, avec l’appui des partenaires nationaux et internationaux engagés dans la lutte contre cette maladie hautement contagieuse.
Rédaction
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