Épidémie d’anthrax autour du parc des Virunga : les autorités vétérinaires alertent après la mort de plusieurs hippopotames à Beni

Une alerte sanitaire a été lancée par des autorités vétérinaires de la chefferie de Bashu, dans le territoire de Beni, après la mort suspecte d’une cinquantaine d’hippopotames dans le parc national des Virunga, précisément au niveau du lac Édouard.

Selon les premières analyses réalisées au laboratoire vétérinaire de Goma, la cause de cette hécatombe serait l’anthrax, une maladie zoonotique redoutable, également connue sous le nom de charbon bactérien.

« Cette maladie, on a constaté la mort d’une cinquantaine des hippopotames surtout au niveau du lac, au niveau de l’ICCN », a déclaré le Dr Justin Kasayi, médecin vétérinaire local. « Nous sommes voisins directs du parc, et nous nous sentons directement concernés. »

L’anthrax est une zoonose, c’est-à-dire une maladie transmissible de l’animal à l’homme. Elle peut être contractée par contact direct avec un animal infecté, la consommation de sa viande ou encore par inhalation des spores libérées dans l’environnement. Dans sa forme la plus grave, elle peut provoquer la mort en quelques jours si elle n’est pas traitée rapidement.

Pour prévenir la propagation de la maladie parmi les populations humaines et animales, plusieurs mesures de précaution ont été prises par les autorités locales. Il s’agit notamment de l’interdiction de consommer des animaux morts de cause inconnue, de la viande non inspectée par un vétérinaire, ou encore de la viande boucanée issue du braconnage. La vente et l’usage de peaux de bêtes provenant de sources douteuses ont également été proscrits.

« Nous avons demandé à la population de ne pas consommer même des viandes des animaux qui meurent d’eux-mêmes dans nos familles, pour éviter cette maladie et protéger notre santé », a ajouté le vétérinaire.

Le parc national des Virunga, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, abrite une biodiversité unique et fragile. Cette flambée d’anthrax constitue une nouvelle menace, tant pour la faune sauvage que pour les communautés riveraines. L’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), qui gère le parc, a commencé à sensibiliser les populations locales depuis deux semaines et appelle à une vigilance accrue.

Une maladie ancienne mais toujours redoutée

L’anthrax n’est pas une maladie nouvelle. Elle est causée par la bactérie Bacillus anthracis, qui peut rester présente dans le sol pendant plusieurs décennies. Des flambées similaires ont déjà été rapportées dans d’autres régions d’Afrique, notamment en Namibie, en Tanzanie ou encore au Zimbabwe, affectant les animaux sauvages comme les buffles, les éléphants ou les antilopes.

En 2023, une épidémie d’anthrax avait été signalée au nord du Cameroun, causant la mort de plusieurs éleveurs et têtes de bétail. Selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), l’anthrax figure parmi les maladies prioritaires à surveiller en raison de son fort potentiel épidémique et de sa capacité à se transmettre à l’homme.

Les autorités sanitaires appellent à la collaboration de toutes les parties : éleveurs, chasseurs, vendeurs de viande, et habitants des villages environnants, pour endiguer cette menace. Une surveillance renforcée et une sensibilisation communautaire sont en cours pour éviter une extension de l’épidémie.

Justin Mupanya, correspondant à Beni

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