Chronique Santé /Djugu : quand la peur d’Ebola vide les salles de classe à Tchomia

Par Enock Wamara

Ce mardi 1er septembre 2026 devait être un jour de retrouvailles, de sourires et de retrouvailles avec les cahiers. À Tchomia, dans la chefferie des Bahema Banywagi, territoire de Djugu, la rentrée scolaire 2026-2027 a pourtant pris une autre couleur.

Les portes des écoles se sont ouvertes, les enseignants étaient au rendez-vous, les dispositifs de prévention annoncés… mais les élèves, eux, se sont fait attendre.

Dans plusieurs établissements visités ou contactés par Bunia-Info24.net, le constat est presque le même : une rentrée timide, dans des salles de classe parfois désespérément clairsemées.

La raison revient sur toutes les lèvres : la peur du virus Ebola .

À Tchomia, cette peur semble aujourd’hui plus forte que l’envie de reprendre le chemin de l’école. Des parents hésitent encore à envoyer leurs enfants en classe, redoutant une éventuelle exposition au virus.

Pourtant, dans les établissements scolaires, les responsables assurent avoir pris des dispositions.

À l’Institut de Tchomia, le préfet Dzaringa Mugenyi se veut rassurant :

« Nous respectons scrupuleusement les mesures barrières conformément aux instructions des autorités sanitaires. J’appelle les parents à nous faire confiance et à envoyer les enfants à l’école. »

Même discours à l’Institut Salema 2, où le contrôle de température est annoncé systématique à l’entrée et le lavage des mains obligatoire.

Mais entre les mesures annoncées et la perception des familles, il existe encore un fossé.

Le cas de l’EP 2 Zubula est particulièrement révélateur. Son directeur, Job Wamara, estime qu’environ 80 % des élèves inscrits ne se sont pas présentés pour ce premier jour.

À l’EP A Tchomia, le directeur Merumbe Prospère fait également état d’une faible fréquentation, malgré des inscriptions enregistrées et un dispositif de prévention opérationnel.

Alors, faut-il choisir entre protéger les enfants contre Ebola et préserver leur droit à l’éducation ?

La réponse devrait être non.

La peur est légitime. Face à une épidémie, la prudence est même nécessaire. Mais la peur ne doit pas devenir une barrière permanente à l’éducation. Elle doit plutôt être accompagnée par une information claire, crédible et régulière.

À Tchomia, le véritable défi n’est donc pas seulement de rouvrir les écoles. Il faut surtout rassurer les parents.

Les autorités sanitaires, les responsables scolaires et les communautés ont ici une responsabilité commune : expliquer les mesures de prévention, combattre les rumeurs et restaurer progressivement la confiance.

Car une école vide n’est pas seulement le signe d’une rentrée perturbée. Elle est aussi le reflet d’une communauté inquiète.

Et dans cette lutte contre Ebola, il faudra protéger les enfants contre le virus, certes, mais aussi contre les conséquences silencieuses de la peur : l’abandon des classes, le retard scolaire et la fragilisation de toute une génération.

À Tchomia, l’urgence est donc double : vaincre Ebola et faire revenir les enfants à l’école.

Par Enock Wamara,
Chroniqueur depuis Tchomia

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