Nord-Kivu : à Beni, des veuves des militaires FARDC crient à l’abandon

En ville de Beni, dans la province Nord-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo, plusieurs femmes ayant perdu leurs maris au front dénoncent un « abandon prolongé » de la part de l’État. Depuis la mort de leurs conjoints dans les opérations militaires, ces veuves, désormais seules avec leurs enfants, affirment ne percevoir ni pension, ni aide concrète.

Face au silence des autorités, certaines ont manifesté publiquement, d’autres ont vu leurs enfants glisser dans la rue. Depuis janvier dernier, des dizaines de veuves de militaires FARDC témoignent d’une situation alarmante. Leurs maris, tombés au combat lors des opérations contre les rebelles ADF ou les M23, ont été honorés par des discours, mais leurs familles vivent dans la précarité totale.

Régina Matondo, mère de trois enfants, vit aujourd’hui sans abri. Elle dit n’avoir perçu aucun soutien depuis la mort de son époux.

« Nous souffrons énormément. Mes enfants et moi dormons dehors. Parfois malades, sans soins médicaux. Depuis la mort de mon mari, je n’ai reçu aucune aide de l’État », confie-t-elle, résignée.

Chiza Nadège, également veuve d’un militaire tombé au front, évoque des conditions de survie inhumaines. « Plusieurs enfants de nos familles meurent de faim. Ils ne vont plus à l’école. Nous sommes abandonnées. »

Une mobilisation pacifique pour se faire entendre

Dans une tentative de briser le silence, des veuves de militaires ont organisé, le 21 avril, une marche pacifique dans les rues de Beni. Elles se sont rassemblées devant les bureaux du gouvernorat, déplacé dans cette ville après la prise de Goma par le M23. Munies des pancartes, des croix et parfois accompagnées de leurs enfants, elles ont exprimé leur détresse, réclamant cinq mois de salaires impayés.

« Ce n’est pas parce que nos maris sont morts que nous devons être effacées. Ils ont donné leur vie pour la République. Nous demandons que leurs enfants puissent vivre dignement », a déclaré l’une des manifestantes à la presse locale.

La manifestation a temporairement paralysé la circulation sur la voie principale devant le gouvernorat. Aucune réaction officielle n’a été émise, à ce jour, par les autorités provinciales ou nationales.

Cependant, des sources proches de l’administration militaire confirment que les retards dans le versement des soldes des militaires décédés seraient souvent liés à des lenteurs administratives au niveau central, notamment à Kinshasa. Le manque d’un fichier actualisé des ayants droit compliquerait davantage le traitement des dossiers de pension.

Plaidoyer et appel à l’intervention

Des voix de la société civile, comme le mouvement citoyen LUCHA, appellent depuis plusieurs mois à une réforme profonde du système de prise en charge des familles militaires.

« Ce que vivent ces femmes est indigne d’un État. Il faut une réponse rapide et respectueuse », a déclaré un militant lors d’un point de presse.

Des enfants « quémandeurs » sont de plus en plus visibles dans les rues de Beni, préoccupant certaines personnes. Selon Alex Kighoma, chef du service des affaires sociales de la ville, une enquête récente menée auprès de 100 enfants interrogés a révélé que 70% proviennent de familles de militaires FARDC, en grande majorité installées dans le quartier Résidentiel. Les 30 % restants seraient issus de familles déplacées vivant dans des centres collectifs du quartier Biautu. Il en appelle à la responsabilité des parents et de l’État.

« Ces parents exposent leurs enfants à des risques graves : accidents, enlèvements ou recrutement dans des groupes armés. Il est inadmissible que ces mineurs soient livrés à eux-mêmes alors que l’État garantit la gratuité de l’enseignement », a-t-il dit, tout en appelant les autorités militaires et urbaines à intensifier la sensibilisation auprès des veuves, pour ramener leurs enfants dans les écoles de la gratuité.

Des pistes de solution proposées

Plusieurs acteurs communautaires proposent des mesures urgentes pour éviter une aggravation de cette crise humanitaire silencieuse :

  • La création d’un fonds d’urgence en faveur des veuves de militaires;
  • L’accélération du processus de traitement des pensions à Kinshasa;
  • La constitution d’une base de données nationale des ayants droit;
  • La mise en place des programmes de réintégration scolaire et d’accompagnement psychosocial pour les enfants concernés.

Les veuves de Beni rappellent à la République qu’ »un soldat ne meurt jamais seul ». Il laisse derrière lui une famille, un devoir et une mémoire que l’État ne peut se permettre d’oublier, disent-elles.

Justin Mupanya, correspondant à Beni

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